Selon un rapport publié en octobre 2018 par The Shift Project, think tank de la transition carbone, la consommation d’énergie du numérique augmente de 8% par an et représentera en 2025 près de 8% des émissions mondiales, soit autant que la flotte de camions dans le monde.

Parce que les entreprises ont fait du numérique le moteur de leur développement, elles ont leur part de responsabilité dans cet emballement. Au-delà des cadres réglementaires et sans jouer sur l’instrumentalisation, elles peuvent jouer leur part pour contribuer à encourager la sobriété numérique, en bonne entente avec leurs employés, mais surtout, par la mise en place de politiques d’achats de gestion énergétique adaptée.

La sobriété numérique : une notion instrumentalisée ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut bien aborder le sujet de l’instrumentalisation du Green IT. Dans un monde où tout est partie prenante de la communication, et où souvent l’image prime sur les actes, il y a une nécessaire part d’instrumentalisation. Nous pensons cependant que cette instrumentalisation ne doit pas nous faire perdre de vue l’essentiel : il existe des faits pour nous rappeler que chaque acte compte, et que l’entreprise, plus encore que le citoyen, à un devoir à jouer d’exemplarité.

Ce qui reste concret, ce sont les chiffres liés à l’exploitation du numérique. Selon le guide “la face cachée du numérique”, par l’ADEME :

Fabrication des appareils électroniques

  • En moyenne, pour produire des appareils électriques à forte composante électronique, il faut mobiliser de 50 à 350 fois leur poids en matières premières. Ainsi, la phase de fabrication d’un ordinateur portable est la phase la plus polluante. Pour un ordinateur portable de 2 kg, on utilise 800 kg de matières premières.

Stockage et envoi de données

  • Chaque jour, 288 milliards de mails sont envoyés dans le monde. Chaque envoi de mail équivaut à laisser une ampoule allumée pendant 24 heures.
  • À l’échelle d’une entreprise de 100 salariés en un an, sachant qu’un salarié français reçoit en moyenne 58 mails par jour et en envoie 33, cela pollue autant que quatorze allers-retours Paris New-York.

Réseaux et data center

Les émissions de gaz à effet de serre générées par le numérique :

  • sont dues pour 28% aux infrastructures réseau
  • pour 25% aux data centers
  • pour 47% aux équipements des consommateurs (ordinateurs, smartphones, tablettes, objets connectés, GPS…)

Sobriété numérique : des actions concrètes pour l’entreprise

Ainsi, pour participer à l’effort de sobriété numérique, une entreprise peut de manière concrète :

  • Mettre en place une gestion responsable de sa flotte IT
  • Réduire et rationaliser sa consommation en données et en infrastructures,
  • Sensibiliser ses employés à une utilisation responsable du système d’information et des appareils mis à disposition

Opérer une gestion responsable de la flotte IT

  • Favoriser les mises à jour ou la réparation plutôt que le renouvellement des matériels,
  • Protéger les appareils pour favoriser leur durée de vie (protéger les systèmes : antivirus fréquemment mis à jour, navigateur sécurisé, suppression des données inutiles),
  • Établir des politiques organisées autour de la durabilité afin de pallier aux problématiques d’obsolescence programmée
  • Organiser le recyclage des terminaux.

Rationaliser les infrastructures et le stockage

  • Choisir des infrastructures durables, c’est-à-dire robuste (de manière physique et logicielle), à travers le choix des matériels selon leur indice de réparabilité, la réutilisation dans de nouveaux serveurs d’éléments et composants recyclés, ou encore le choix des matériels et logiciels selon leur durée de vie prévisionnelle et le niveau d’indépendance au fournisseur,
  • Stocker uniquement les documents utiles, sans doublon,
  • Bien concevoir les services numériques pour ne consommer que ce dont l’organisation a besoin quand elle en a besoin (et en prévoir l’évolutivité),
  • Agir concrètement à l’aide d’outils permettant de limiter l’impact environnemental des usages et notamment les consommations énergétiques induites par les services numériques.

Sensibiliser ses employés

  • Établir une charte informatique pour inviter à réfléchir sur l’utilisation des mails, des applications, l’entretien des appareils professionnels et le stockage de données,
  • Encourager l’usage d’espaces collaboratifs plutôt que l’envoi de mails (bien moins consommateurs d’énergie que les envois de mails avec pièce jointe),
  • Encourager une gestion des mails optimisée : nettoyer sa messagerie, se désabonner des lettres d’information jamais lues, éviter les pièces jointes.

Les collaborateurs sensibilisés à l’impact environnemental du cycle de vie de leurs équipements informatiques peuvent répliquer ces comportements dans la sphère privée et ainsi alimenter un cercle vertueux.

Sobriété numérique : être prêt pour le cadre réglementaire qui se met en place

Depuis quelques années, le régulateur français semble vouloir inciter les entreprises à reconnaître leur rôle dans la lutte contre le changement climatique.

L’impact environnemental du numérique possède de plus en plus une dimension publique, politique et réglementaire. De ce fait, au-delà de la démarche vertueuse, anticiper sur le green IT (pour en savoir plus sur le Green IT, rendez-vous sur cette page) et la sobriété numérique peut être un moyen d’anticiper sur des éventuelles mises en conformité à venir.

Voici quelques exemples de lois qui sont déjà en vigueur en matière de sobriété numérique :

Bilan d’émissions de gaz à effet de serre (BEGES)

  • les personnes morales de droit privé de plus de 500 salariés en France métropolitaine et les personnes morales de droit privé de 250 salariés dans les régions et départements d’outre-mer,
  • les personnes morales de droit public de plus de 250 salariés
  • les collectivités de plus de 50 000 habitants

sont assujetties à l’obligation de réalisation d’un bilan d’émissions de gaz à effet de serre (BEGES) tous les 4 ans.

Loi Climat et Résilience

Au regard de la loi Climat et Résilience, pour les entreprises de plus de 50 salariés, le comité social et économique (CSE) doit désormais être informé sur les conséquences environnementales des différentes mesures prises par l’entreprise.

Vers une stratégie d’investissement “à faible émission de carbone”

Depuis 2015, l’article 173-VI de la loi de transition énergétique pour la croissance verte (TECV) exige des investisseurs qu’ils publient l’empreinte carbone de leur portefeuille.

La sobriété numérique, ça commence quand ?

Ainsi, la sobriété numérique n’est pas encore une obligation pour les entreprises. Cependant, il existe des risques indirects à ignorer cette thématique, et en premier lieu, des risques pour l’image de l’entreprise en externe, mais aussi en interne, au sein de ses employés.

Cela peut également provoquer un surplus d’efforts à réaliser dans les efforts faits pour recruter des collaborateurs, car ces derniers sont toujours plus convaincus que les entreprises ont leur part de responsabilité écologique et sociale.

Se préparer à la sobriété numérique devient ainsi une démarche de plus en plus indispensable, et que l’on peut commencer dans le système d’information, soit dans son infogérance au quotidien, soit après avoir réalisé un diagnostic de ses performances fonctionnelles et énergétiques.

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